Le Gala 2012

Le Soleil
critique (Richard Boisvert)
7 décembre 2012
10e Gala de l'Opéra de Québec: Étienne Dupuis fait craquer la salle

(Québec) Si Grégoire Legendre souhaitait vraiment que l'un des solistes invités «vole le show», il a été exaucé. La prestation électrisante d'Étienne Dupuis dans l'air de Figaro a soulevé les 1538 personnes venues assister à la salle Louis-Fréchette au 10e Gala de l'Opéra de Québec, jeudi soir.

On comprend que le baryton québécois soit de plus en plus demandé, de Vancouver à Berlin en passant par Montpellier, Nantes et Paris, et même à Hawaii. Il a une voix parfaite, pleine, entièrement libre, sans parler de sa classe, de son charme, de sa personnalité et de son assurance. La salle lui appartient. On dirait qu'une nouvelle grande étoile se lève.

Le Français Avi Klemberg a été l'autre belle surprise de la soirée. Un ténor comme on n'en fait plus, magnifique dans Ô souverain, ô juge, ô père qu'il interprète avec délicatesse, souplesse et une incontestable majesté. Le plus incroyable, c'est qu'on comprend tous les mots. Dans Minuit, chrétiens, on se serait cru en présence d'un nouveau Richard Verreau.

L'invité le plus amusant fut sans contredit le baryton Keven Burdette, qui vous chante l'Air du catalogue avec une ironie juste et savoureuse, et l'Air de la calomnie avec autant de fantaisie, de présence d'esprit que d'instinct comique.

Dans le même registre, le jeune Aaron Ferguson, un ténor de la Saskatchewan, s'est révélé assez irrésistible lui aussi dans Jour et nuit (C'est la méthode!).

Le duo le plus touchant? Lyne Fortin et Antoine Bélanger qui, sans fausse pudeur, sont parvenus à s'abandonner entièrement à leur personnage dans Donde lieta usci. De quoi convaincre tout le monde que cette scène d'amour de La Bohème est l'une des plus tendres du répertoire.

Simplicité et émoi

Lyne Fortin, par ailleurs, captive de la première à la dernière note lorsqu'elle interprète Un bel di, un extrait de Butterfly qui soulève un soupir de plaisir au moment où le public reconnaît la mélodie. Ici, le chef Daniel Lipton a réussi à inspirer une douceur et une retenue parfaite à l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ).

L'interprétation la plus émouvante? Celle d'Allyson McHardy, totalement donnée dans D'amour, l'ardente flamme, un extrait de La damnation de Faust de Berlioz, et qui réussit, en toute simplicité, à dévoiler la profondeur viscérale de l'émoi qui habite Marguerite.

Aline Kutan s'est bravement mesurée à l'épreuve de l'air de la Reine de la nuit. À mon avis, le sextuor de Lucia di Lammermoor a davantage mis en valeur les riches couleurs de la colorature.

La soirée a atteint une sorte de sommet expressif dans l'extrait du Chevalier à la rose offert par Lyne Fortin, Aline Kutan et Allyson McHardy. L'OSQ sonne comme s'il comptait

100 musiciens.

Le Choeur de l'Opéra de Québec avait préparé une petite surprise. Pour interpréter l'incontournable Va, pensiero, les 41 choristes sont descendus dans la salle. Intéressant de sentir aussi nettement la présence et la couleur des voix.

Article original

 


Le Journal de Québec
Critique (Yves Leclerc)
7 décembre 2012
Soirée de gala réussie

C'était soir de Gala, jeudi soir, au Grand-Théâtre de Québec.
Douze chanteurs, l'Orchestre symphonique, dirigé pour l'occasion par Daniel Lipton, le Choeur de l'Opéra de Québec et 1538 amateurs d'art lyrique réunis dans la salle Louis-Fréchette. Une soirée de Gala réussie sur toute la ligne.

Surtout en deuxième partie où les moments de grâce ont été nombreux. Les chanteurs invités semblaient plus relaxes et le choix des pièces était à propos avec des extraits du Barbier de Séville, Madama Butterfly, la Bohème, la Flûte enchantée, Don Giovanni et Nabucco.

Le baryton Étienne Dupuis s'est amusé avec le Largo al factotum du Barbier de Séville, se permettant un bain de foule et quelques pas de «moonwalk» à la Michael Jackson. Beaucoup de charisme.

L'OSQ a ensuite enchaîné avec le très beau Choeur à bouche fermée de Madama Butterfly tout en douceur et en nuances.

La soprano Aline Kutan (photo) a atteint des notes incroyables durant La Reine de la nuit de la Flûte enchantée. Elle a été spectaculaire. Quelle voix. Quelle clarté.

Le plus beau moment de la soirée aura certainement été l'interprétation de Minuit, chrétiens par le ténor français Avi Klemberg.

J'ai entendu souvent cette pièce d'Adolphe Adam. Mon père Maurice l'a chanté longtemps à l'église et l'interprétation sur disque de Richard Verreau a souvent joué à la maison.

Celle de jeudi a été sublime. Entouré des solistes invités et du Choeur de l'Opéra, descendu sur le parterre, Klemberg a été solide, sans trop en mettre. Il y a avait beaucoup de puissance et d'émotions avec toutes ces voix. Mémorable, solonel, frissonnant et émouvant.

En première partie, Antoine Bélanger a été intense et dramatique avec Pourquoi me réveiller de l'opéra Werther et la mezzo-soprano Allyson McHardy a été superbe dans D'amour l'ardente flamme de La Damnation de Faust.

L'OSQ a été grandiose et les Choeurs de l'Opéra de Québec puissants dans la complexe et musicale Te Deum de la Tosca.

L'américain Kevin Burdette a volé la vedette de cette première partie avec Madamina, il catalogo è questo de Don Giovanni et avec La calunnia du Barbier de Séville. Expressif et comique avec sa démarche, ses gestes et sa façon de chanter, il a été fort sympathique et la foule a apprécié cette touche humoristique essentielle dans ce genre de gala. Aaron Ferguson a fait de même, en deuxième partie, avec Jour et nuit des contes d'Hoffman. Superbe soirée.

Arctcle original

Grégoire Legendre