Starmania Opéra
Mai 2008
(supplémentaires en juillet 2008)

CRITIQUE – Le Soleil
Le samedi 17 mai 2008

«Starmania opéra» : un nouveau sommet

Luc Plamondon se demandait il y a quelques jours si Starmania opéra allait devenir la version de référence de son œuvre fétiche, une sorte de standard qui s’imposerait dans l’avenir. Il a sans doute maintenant sa réponse. Chose certaine, le spectacle présenté en avant-première mondiale hier soir au Grand Théâtre se révèle accompli à tous points de vue et, pour tout dire, supérieur en qualité à ce qu’on osait espérer.

La scénographie signée Michel Lemieux et Victor Pilon propose de loin la vision la plus remarquable et la plus moderne présentée à l’Opéra de Québec ces dernières années. Simples mais ô combien efficaces, les décors obtenus par projection sur de grands écrans verticaux ont le pouvoir de faire voyager comme par magie d’un lieu à un autre, avec une fluidité et une souplesse qui laisse souvent bouche bée. Oubliez les compromis. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on n’est plus dans la salle Louis-Fréchette.

La musique de Michel Berger, arrangée, orchestrée et, osons le dire, nettement enrichie par le compositeur et chef d’orchestre Simon Leclerc, apparaît comme un développement naturel de la version originale, un aboutissement logique qui pousse l’œuvre vers un nouveau sommet dramatique. Nous sommes de toute évidence en présence d’un spectacle appelé à s’imposer comme un classique du répertoire, toutes catégories confondues. Quelque chose qui plaira par ailleurs autant aux fans de Starmania qu’aux mordus d’opéra.

Leclerc exploite les ressources de l’orchestre avec une subtilité et une habileté qui font oublier complètement l’absence de section rythmique. Avec sa connaissance approfondie des styles et des langages musicaux, il se permet souvent d’accompagner le texte au second degré. On pense entre autres à l’atmosphère de cabaret des années 30 de Travesti, une chanson chantée soit dit en passant d’une manière très physique et très sentie par Krista de Sylva.

Parlant des chanteurs, il faut souligner la performance absolument stupéfiante de Lyne Fortin. La soprano coiffée à la Grace Kelly dessine avec le personnage de Stella une caricature de la diva plus vraie que nature. Ego trip, son délirant duo avec Marc Hervieux, est un magnifique moment d’anthologie. Surtout lorsque le chœur s’en mêle.

Moins spectaculaire, la Marie-Jeanne de Marie-Josée Lord gagne néanmoins le cœur du public. Étienne Dupuis fait pour sa part un très crédible et, ultimement, un très touchant Johnny Rockfort. Raphaëlle Paquette et Pascal Charbonneau apportent une touche d’humour dans des numéros vocaux assez réussis.

OPÉRA DE QUÉBEC. Starmania opéra.

Opéra en deux actes de Luc Plamondon et Michel Berger. Avec Marie-Josée Lord, Étienne Dupuis, Marc Hervieux, Lyne Fortin, Raphaëlle Paquette, Pascal Charbonneau, Krysta de Sylva et James Hyndman, le Chœur de l’Opéra de Québec, les Danseurs de Starmania Opéra et l’Orchestre symphonique de Québec. Direction musicale et orchestration : Simon Leclerc. Mise en scène : Michel Lemieux et Victor Pilon. Chorégraphie : Stéphane Boko. Décors et costumes : Anne-Séguin Porier, Michel Lemieux et Victor Pilon. Conception des images : Gabriel Coutu Dumont. Éclairages : Alain Lortie. Présenté en avant-première mondiale à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec, hier.

 


EXTRAITS DE CRITIQUE – Le Devoir
Le mardi 20 mai 2008

«Starmania opéra» ça marche !

Dans Starmania, tout le monde aspire tellement à la métamorphose qu’il était inévitable que l’objet lui-même, l’opéra rock, ambitionne de devenir autre chose.

Starmania opéra est-il un opéra ? Oui, par la structure, l’éradication des éléments rythmiques, la fine orchestration et la typologie des voix. Non, si l’on considère qu’une amplification des voix dans un théâtre est l’élément discriminant qui sépare le monde de la comédie musicale (au sens Broadway) et celui de l’opéra (purement acoustique). Ce spectacle peut donc être créateur d’un nouveau genre, l’opéra-musical, comédie musicale de grand luxe, avec instrumentations acoustiques, voix d’opéra et sans groupe rythmique.

Lorsque ce Starmania opéra de l’Opéra de Québec arrivera à Montréal en mars 2009, on peut vous promettre le meilleur spectacle de théâtre musical vu dans la métropole depuis Château de Barbe-Bleue, de Robert Lepage. La production de Michel Lemieux et de Victor Pilon est une merveille d’ingéniosité  et d’efficacité, avec une utilisation parfaire d’effets de projection. Visuellement et scéniquement, cela roule à 100 %, même pour les ballets et les interventions de Roger-Roger, le présentateur virtuel. Les costumes et les couleurs dominantes assimilent Métropolis à l’univers des B.D. d’Enki Bilal.

Luc Plamondon a fait de discrets mais épicés changements. Le premier dialogue (récitatif) est distribué à Sadio et Zéro Janvier. Dès le début, Sadia se révèle : elle est un agent de Zéro Janvier qui infiltre les loubards dans le but de créer et d’enrichir la peur pour stimuler une adhésion à un politique sécuritaire. C’est l’un des éléments « busho-sarkozyens » de ce Starmania 2008, où Zéro Janvier veut éradiquer la racaille au Kacher. Plus loin, il se fera interviewer par Stella, sa compagne, collusion sexuelle journalistico-politique qui a pris des allures de sport national en France. Plus poétique : la pirouette ultime, génératrice d’espoir, deux rimes où Marie-Jeanne, sur un contre-ut dièse final, « cherche la lumière », la vraie, celle du soleil et non celle des écrans cathodiques.

Musicalement, le travail téméraire de Simon Leclerc (qui mérite une place égale à celle de Berger) est un bijou. Le morceau de bravoure absolu devient le duo Zéro-Stella « Ego-trip », chacun juché sur une passerelle d’avion et faisant de la surenchère vocale sur fond rouge et noir, comme le jeu qu’ils sont en train de jouer. Certaines atmosphères sont conçues sur mesure : l’univers de Marie-Jeanne colle à Porgy and Bess au point d’appeler une chanteuse noire. (…)

Sur scène, Starmania opéra est un travail d’équipe, mais avec trois « premières étoiles » : Marc Hervieux, devenu baryton, sidérant d’efficacité ; Lyne Fortin, quasiment en transe dans son rôle d’ex-diva ; Etienne Dupuis, bum qui trouve un ton vocal idéalement adapté au genre. De ce point de vue, Marie-Josée Lord, « chouchoute » du public, chante du Puccini. Je trouve cela un peu affecté, mais très émouvant. Tous les autres sont impeccables : la place manque pour dire à quel point.

Des tonnerres d’applaudissements et de vivats ont salué ce grand moment de « théâtre vocal noble et populaire », appelons—le comme ça.


 


EXTRAITS DE CRITIQUE – Le Journal de Québec
Le samedi 17 mai 2008
Starmania opéra
un classique réinventé !

C’était soir d’avant-première mondiale hier au Grand Théâtre où l’Opéra de Québec présentait Starmania opéra en grande pompe en présence du créateur Luc Plamondon et des artistes de la première heure.

Les attentes étaient grandes puisqu’il s’agissait d’une part d’un événement phare des célébrations du 400e anniversaire de Québec et que Starmania est la comédie musicale la plus médiatisé de l’histoire du Québec.

On peut certainement parler d’un succès total, alors que les spectateurs ont ovationné chacune des chansons.

La mise en scène originale est respectée et le côté lyrique permet de redécouvrir l’œuvre de Plamondon et de Berger à travers un spectacle de plus de deux heures.

Meilleurs chanteurs lyriques québécois
Les chanteurs et danseurs évoluent dans des décors sobres mais très efficaces. De simples projections qui transportent dans l’univers futuriste de Monopolis.

Cette version opéra propose une sélection des meilleurs chanteurs lyrique québécois. La soprano Marie-Josée Lord qui interprète Marie-Jeanne s’exécute à merveille. Elle était d’ailleurs du concert Starmania dans le même rôle à l’Orchestre symphonique de Montréal, présenté par la suite à Paris, en 2005, puis redonné au Festival d’été de Québec.

Le ténor Marc Hervieux (Zéro Janvier) a un rôle qui lui colle à la peau. La soprano de Québec Lyne Fortin (Stella Spotlight) n’arrive qu’en deuxième partie, mais livre un solo bouleversant.

Cette production a été placée sous la direction musicale de l’arrangeur, orchestrateur et chef d’orchestre Simon Leclerc, qui assurait également l’orchestration alors que la mise en  scène a été confiée aux metteurs en scène, scénographes et concepteurs multimédias, artistes multidisciplinaires, Michel Lemieux et Victor Pilon.

 


EXTRAITS DE CRITIQUE – Média Matin Québec
Le Mardi 20 mai 2008

Starmania opéra
Plamondon en tremble

Starmania opéra apparaître comme un opéra du XXIe siècle, tant la mise en scène du duo Michel Lemieux et Victor Pilon est inventive et actuelle.

Trois jours après avoir assisté à l’avant-première mondiale présenté par l’Opéra de Québec, en collaboration avec la Société du 400e anniversaire, on a encore envie de dire wow ! tellement on est impressionnés par le talent qu’on a vu défiler sur scène à tous les niveaux.

Déjà présents pour la plupart dans la version symphonique créée par l’OSM et présentée en soirée d’ouverture du Festival d’été en juillet 2005, les interprètes de Starmania opéra rayonnent, pour le plus grand plaisir des spectateurs, qui se laissent porter par les voix puissantes, magnifiquement assorties aux personnages.

Que l’on pense à la voix riche et émouvante de Marie-Jeann (la soprano Marie-Josée Lord), au charisme de Johnny Rockfort (le baryton Etienne Dupuis), à la gueule accrocheuse de Ziggy (le jeune ténor Pascal Charbonneau), à la sensualité provocante de Sadia (la mezzo-soprano Krista de Silva) ou au fameux couple hétéroclite formé par le businessman Zéro Janvier (le ténor Marc Hervieux) et le sex-symbol Stella Spotlight (la soprano Lyne Fortin) et tous les autres, on n,a que de bons souvenirs.

Sans parler des textes que l’on redécouvre sous un jour nouveau, comme si l’opéra permettait de mieux saisir la portée de chaque réplique, de Monopolis à Les uns contre les autres, en passant par Le blues du businessman et Ego trip, rendus de façon magistrale par le duo Lyne Fortin et Marc Hervieux.

Les décors sont hallucinants ! Presque essentiellement composés d’images virtuelles projetées sur de longues tentures qui se découpent comme autant de gratte-ciel. A couper le souffle !

Tout comme les costumes, les chorégraphies et les danseurs, les arrangements du chef Simon Leclerc, la prestation des musiciens de l’OSQ et des choristes… Le tout, dans une mise en scène brillante et rythmée.

Les irréductibles des opéras classiques seront peut-être décontenancés par le côté visionnaire et moderne du nouvel opéra, mais tous les autres, connaisseurs ou non d’opéra, seront éblouis. À n’en pas douter, Starmania opéra est parti pour encore au moins un quart de siècle !

Grégoire Legendre