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Critiques
CRITIQUE – Le Soleil Luc Plamondon se demandait il y a quelques jours si Starmania opéra allait devenir la version de référence de son œuvre fétiche, une sorte de standard qui s’imposerait dans l’avenir. Il a sans doute maintenant sa réponse. Chose certaine, le spectacle présenté en avant-première mondiale hier soir au Grand Théâtre se révèle accompli à tous points de vue et, pour tout dire, supérieur en qualité à ce qu’on osait espérer. La scénographie signée Michel Lemieux et Victor Pilon propose de loin la vision la plus remarquable et la plus moderne présentée à l’Opéra de Québec ces dernières années. Simples mais ô combien efficaces, les décors obtenus par projection sur de grands écrans verticaux ont le pouvoir de faire voyager comme par magie d’un lieu à un autre, avec une fluidité et une souplesse qui laisse souvent bouche bée. Oubliez les compromis. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on n’est plus dans la salle Louis-Fréchette.
Dans Starmania, tout le monde aspire tellement à la métamorphose qu’il était inévitable que l’objet lui-même, l’opéra rock, ambitionne de devenir autre chose. Starmania opéra est-il un opéra ? Oui, par la structure, l’éradication des éléments rythmiques, la fine orchestration et la typologie des voix. Non, si l’on considère qu’une amplification des voix dans un théâtre est l’élément discriminant qui sépare le monde de la comédie musicale (au sens Broadway) et celui de l’opéra (purement acoustique). Ce spectacle peut donc être créateur d’un nouveau genre, l’opéra-musical, comédie musicale de grand luxe, avec instrumentations acoustiques, voix d’opéra et sans groupe rythmique. Lorsque ce Starmania opéra de l’Opéra de Québec arrivera à Montréal en mars 2009, on peut vous promettre le meilleur spectacle de théâtre musical vu dans la métropole depuis Château de Barbe-Bleue, de Robert Lepage. La production de Michel Lemieux et de Victor Pilon est une merveille d’ingéniosité et d’efficacité, avec une utilisation parfaire d’effets de projection. Visuellement et scéniquement, cela roule à 100 %, même pour les ballets et les interventions de Roger-Roger, le présentateur virtuel. Les costumes et les couleurs dominantes assimilent Métropolis à l’univers des B.D. d’Enki Bilal. Luc Plamondon a fait de discrets mais épicés changements. Le premier dialogue (récitatif) est distribué à Sadio et Zéro Janvier. Dès le début, Sadia se révèle : elle est un agent de Zéro Janvier qui infiltre les loubards dans le but de créer et d’enrichir la peur pour stimuler une adhésion à un politique sécuritaire. C’est l’un des éléments « busho-sarkozyens » de ce Starmania 2008, où Zéro Janvier veut éradiquer la racaille au Kacher. Plus loin, il se fera interviewer par Stella, sa compagne, collusion sexuelle journalistico-politique qui a pris des allures de sport national en France. Plus poétique : la pirouette ultime, génératrice d’espoir, deux rimes où Marie-Jeanne, sur un contre-ut dièse final, « cherche la lumière », la vraie, celle du soleil et non celle des écrans cathodiques. Musicalement, le travail téméraire de Simon Leclerc (qui mérite une place égale à celle de Berger) est un bijou. Le morceau de bravoure absolu devient le duo Zéro-Stella « Ego-trip », chacun juché sur une passerelle d’avion et faisant de la surenchère vocale sur fond rouge et noir, comme le jeu qu’ils sont en train de jouer. Certaines atmosphères sont conçues sur mesure : l’univers de Marie-Jeanne colle à Porgy and Bess au point d’appeler une chanteuse noire. (…) Sur scène, Starmania opéra est un travail d’équipe, mais avec trois « premières étoiles » : Marc Hervieux, devenu baryton, sidérant d’efficacité ; Lyne Fortin, quasiment en transe dans son rôle d’ex-diva ; Etienne Dupuis, bum qui trouve un ton vocal idéalement adapté au genre. De ce point de vue, Marie-Josée Lord, « chouchoute » du public, chante du Puccini. Je trouve cela un peu affecté, mais très émouvant. Tous les autres sont impeccables : la place manque pour dire à quel point. Des tonnerres d’applaudissements et de vivats ont salué ce grand moment de « théâtre vocal noble et populaire », appelons—le comme ça.
C’était soir d’avant-première mondiale hier au Grand Théâtre où l’Opéra de Québec présentait Starmania opéra en grande pompe en présence du créateur Luc Plamondon et des artistes de la première heure. On peut certainement parler d’un succès total, alors que les spectateurs ont ovationné chacune des chansons. La mise en scène originale est respectée et le côté lyrique permet de redécouvrir l’œuvre de Plamondon et de Berger à travers un spectacle de plus de deux heures. Meilleurs chanteurs lyriques québécois Cette version opéra propose une sélection des meilleurs chanteurs lyrique québécois. La soprano Marie-Josée Lord qui interprète Marie-Jeanne s’exécute à merveille. Elle était d’ailleurs du concert Starmania dans le même rôle à l’Orchestre symphonique de Montréal, présenté par la suite à Paris, en 2005, puis redonné au Festival d’été de Québec. Le ténor Marc Hervieux (Zéro Janvier) a un rôle qui lui colle à la peau. La soprano de Québec Lyne Fortin (Stella Spotlight) n’arrive qu’en deuxième partie, mais livre un solo bouleversant. Cette production a été placée sous la direction musicale de l’arrangeur, orchestrateur et chef d’orchestre Simon Leclerc, qui assurait également l’orchestration alors que la mise en scène a été confiée aux metteurs en scène, scénographes et concepteurs multimédias, artistes multidisciplinaires, Michel Lemieux et Victor Pilon.
Starmania opéra apparaître comme un opéra du XXIe siècle, tant la mise en scène du duo Michel Lemieux et Victor Pilon est inventive et actuelle. Trois jours après avoir assisté à l’avant-première mondiale présenté par l’Opéra de Québec, en collaboration avec la Société du 400e anniversaire, on a encore envie de dire wow ! tellement on est impressionnés par le talent qu’on a vu défiler sur scène à tous les niveaux. Déjà présents pour la plupart dans la version symphonique créée par l’OSM et présentée en soirée d’ouverture du Festival d’été en juillet 2005, les interprètes de Starmania opéra rayonnent, pour le plus grand plaisir des spectateurs, qui se laissent porter par les voix puissantes, magnifiquement assorties aux personnages. Que l’on pense à la voix riche et émouvante de Marie-Jeann (la soprano Marie-Josée Lord), au charisme de Johnny Rockfort (le baryton Etienne Dupuis), à la gueule accrocheuse de Ziggy (le jeune ténor Pascal Charbonneau), à la sensualité provocante de Sadia (la mezzo-soprano Krista de Silva) ou au fameux couple hétéroclite formé par le businessman Zéro Janvier (le ténor Marc Hervieux) et le sex-symbol Stella Spotlight (la soprano Lyne Fortin) et tous les autres, on n,a que de bons souvenirs. Sans parler des textes que l’on redécouvre sous un jour nouveau, comme si l’opéra permettait de mieux saisir la portée de chaque réplique, de Monopolis à Les uns contre les autres, en passant par Le blues du businessman et Ego trip, rendus de façon magistrale par le duo Lyne Fortin et Marc Hervieux. Les décors sont hallucinants ! Presque essentiellement composés d’images virtuelles projetées sur de longues tentures qui se découpent comme autant de gratte-ciel. A couper le souffle ! Tout comme les costumes, les chorégraphies et les danseurs, les arrangements du chef Simon Leclerc, la prestation des musiciens de l’OSQ et des choristes… Le tout, dans une mise en scène brillante et rythmée. Les irréductibles des opéras classiques seront peut-être décontenancés par le côté visionnaire et moderne du nouvel opéra, mais tous les autres, connaisseurs ou non d’opéra, seront éblouis. À n’en pas douter, Starmania opéra est parti pour encore au moins un quart de siècle ! |
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