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Définition et origine de l'opéra

L'opéra est une composition musicale dramatique formée essentiellement d'airs (qui expriment les émotions) et de récitatifs (qui assurent la progression de l'action), ainsi que, selon l'époque ou le pays, d'ensembles de solistes, de choeurs et de morceaux purement instrumentaux. Tous ces morceaux sont soudés les uns aux autres, mais de façon fort différente ; chez Mozart, par exemple, ils apparaissent très nettement différenciés, alors que chez Wagner, un siècle plus tard, ils se présentent dans une continuité absolue.

L'opéra est né en Italie à la fin du XVI e siècle et dès la première moitié du XVII e siècle, il connaissait la faveur populaire, en particulier grâce au génie de Claudio Monteverdi (1567-1643).

En très peu de temps, l'opéra essaima à travers toute l'Europe et demeura, jusqu'au début du XX e siècle, le plus grand spectacle théâtral -- l'oeuvre d'art totale, comme Wagner aimait à le définir. Le genre compte plus de 25 000 titres, la moitié d'entre eux en langue italienne. Il existe d'autres types de théâtre musical apparentés à l'opéra, dont l'opérette et la comédie musicale, qui présentent la particularité de comporter des dialogues parlés, alors que, sauf exception, l'opéra est entièrement chanté.

L'opéra à Québec


Sous le régime français, aucun opéra ne fut vraisemblablement présenté à Québec. Il semble que le premier ouvrage lyrique entendu dans la capitale ait été donné le 10 février 1783 ; il s'agit en l'occurrence du Padlock de Charles Dibdin (1745-1814), l'un des compositeurs anglais les plus populaires de cette époque. Ce spectacle eut lieu au Thespian Theatre  « à la grande satisfaction d'une audience nombreuse », comme le rapporte la Gazette de Québec. Présenté par la suite à quelques reprises, The Padlock fut apparemment le seul opéra offert à Québec jusqu'en 1793. À partir de cette date, toutefois, on put assister à une foule d'opéras anglais à succès de compositeurs tels que William Shield, Samuel Arnold, Thomas Attwood et Steven Storace (deux anciens élèves de Mozart).

De très rares ouvrages en français furent également montés, comme Madame Angot ou la Poissarde parvenue de Maillot ou encore Le Déserteur de Monsigny ; pourtant, l'un d'eux constitue le premier opéra connu à avoir été écrit en Amérique du Nord. Il s'agit de Colas et Colinette, paroles et musique de Joseph Quesnel (1746-1809), marchand général à Boucherville, et compositeur-poète durant ses loisirs. Créé à Montréal le 14 janvier 1790, Colas fut représenté à plusieurs occasions à Québec au début du XIX e siècle et son livret fut même édité. Quesnel, qui laissa plusieurs poèmes et pièces de théâtre, composa un second opéra comique, Lucas et Cécile, dont on ne sait s'il fut représenté ou non. Ces courts ouvrages sont charmants, leur intrigue naïve mais bien menée, et la musique des plus inspirées, en particulier dans les vigoureux morceaux d'ensemble.

Comme on le constate, les premiers opéras présentés à Québec étaient moins représentatifs du grand art auquel on associe le genre, que des goûts d'une population désireuse de se distraire. Nous sommes encore loin du grand répertoire auquel les grandes villes d'Europe et des États-Unis sont déjà habituées. On se console tout de même du fait qu'à partir du second quart du XIX e siècle, des artistes de renom mondial viennent se produire chez nous, dont certains créateurs d'opéras de Rossini ou de Donizetti.

En juin 1856, la troupe anglaise Pyne & Harrison débarque à Québec et présente quatre ouvrages majeurs dont La Sonnambula de Bellini et La Fille du régiment de Donizetti.

À partir de ce moment, de nombreuses troupes se produiront chez nous, et ce régulièrement jusqu'en 1944 ! Grâce à ces troupes, le public pourra entendre les plus grands ouvrages du répertoire, mais aussi des opéras beaucoup moins connus comme Les Diamants de la couronne d'Auber ou The Bohemian Girl de Balfe, ainsi qu'un nombre incalculable d'opérettes.

Quelques compositeurs locaux contribuent, quoique timidement, à enrichir le répertoire. Célestin Lavigueur (1831-1885) écrit trois ouvrages scéniques dont une opérette intitulée La Fiancée des bois, sur un livret de Pamphile Le May. Plus tard, le fondateur de l'Orchestre symphonique de Québec, Joseph Vézina (1849-1924), donnera à son tour trois opérettes, Le Lauréat, Le Rajah et Le Fétiche, qui connaîtront un immense succès.

Le 17 mars 1900, un incendie détruit l'Académie de musique de la rue Saint-Louis où tant de spectacles et d'artistes (dont la grande Albani, soprano québécoise de réputation mondiale) avaient fait les délices de plusieurs générations. Mais en 1903, l'ouverture de l'Auditorium, l'actuel Capitole, comble le vide. La Société symphonique de Québec, qui allait devenir l'Orchestre symphonique de Québec et qui en est alors à sa première année d'existence, propose un grandiose spectacle d'inauguration. On peut y entendre des extraits des Pêcheurs de perles de Bizet, de La Traviata de Verdi, du Pré au Clerc de Hérold et de Manon de Massenet.

L'Auditorium reçoit dès lors les troupes d'opéra venues pour la plupart des États-Unis, mais également du Canada puisqu'en 1910 la Compagnie d'opéra de Montréal voit le jour. Au cours des trois années de son existence, la troupe présente à Québec des opéras comme Lakmé, La Bohème, Carmen, Les Contes d'Hoffmann, Madama Butterfly, La Traviata et plusieurs autres.

Après la Première Guerre mondiale, l'opéra et l'opérette continuent d'attirer le public. Une seconde salle est même inaugurée en 1932, le Palais Montcalm. Les troupes comme la San Carlo Grand Opera Company de New York sont fidèles à la capitale et y passent régulièrement. Parfois, des artistes locaux sont engagés, comme c'est le cas du célèbre ténor Raoul Jobin qui, en 1933, chante dans Faust, Paillasse, Rigoletto et Roméo et Juliette.

En 1949, une compagnie locale est mise sur pied. L'Opéra français enr. présente quelques productions dont Faust, La Traviata, Rigoletto et Tosca avant de s'éteindre quelques années plus tard. En 1961, le Théâtre lyrique de Nouvelle-France, qui deviendra le Théâtre lyrique du Québec en 1967, prend le relais et offre des productions d'envergure mettant en vedette les chanteurs québécois les plus en vue : Colette Boky, Richard Verreau, Pierrette Alarie, Claude Corbeil, Robert Savoie et plusieurs autres.

De 1969 à 1984, la Société lyrique d'Aubigny montera de nombreuses productions professionnelles, avant de céder sa place à l'actuel Opéra de Québec.                                                    

Texte et recherche de Bertrand Guay.


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